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Nicole Questiaux

Approche politique du social

La politique sociale à l’époque contemporaine en France, c’est à la fois trop peu et trop dans les préoccupations gouvernementales. Trop peu car les administrations sociales sont les plus faibles de l’appareil d’État. Trop, car le pan le plus important de la politique sociale, à savoir les transferts sociaux, représente la part dominante des prélèvements obligatoires.

Pour qu’il y ait politiques sociales il faut qu’il y ait question sur l’évolution naturelle des choses, surtout si cette évolution est attribuée au jeu des lois économiques. Il faut qu’il y ait un État qui ait pouvoir et volonté d’intervenir. Il faut que cette intervention fasse appel à une solidarité ressentie telle que les obligations soient étayées par des droits.

Cela suppose donc que les revendications soient entendues, analysées et débattues. Cela suppose que l’État se sente légitime dans son intervention et sa régulation. Cela suppose que la solidarité obligatoire et organisée soient portée par une opinion publique favorable et que les droits obtenus soient défendus et consolidés. L’approche politique du social n’est pas un despotisme éclairé. Elle constitue un enjeu essentiel du bon fonctionnement de la démocratie.

 

Thierry Paquot

Qu’est-ce qu’un « territoire » ?

L’auteur explore toutes les définitions du mot « territoire » selon qu’il est employé par des historiens, des géographes, des ethnologues, des anthropologues, des juristes, des urbanistes et finalement se pose la question : existe-t-il un territoire du social ?

 

Claude Jacquier

Qu’est-ce qu’une communauté ? En quoi cette notion peut-elle être utile aujourd’hui ?

En cette période de repli individualiste, voire de régression idéologique et politique que nourrissent les multiples mutations à l’œuvre dont le grand basculement de notre monde du côté des grands émergents, il est important de réinterroger la notion de communauté et les expressions dans lesquelles cette notion est convoquée (organisation communautaire, développement communautaire), d’autant qu’en France, l’interdit pesant sur l’utilisation de ces expressions est étonnant, notamment dans le champ politique qui, par ses origines, avait une parenté certaine avec elles (histoire des communes). À l’heure où les politiques publiques sont en panne, à l’heure où les sociétés cherchent de nouveaux modèles mobilisateurs, face aux mutations en cours, ces notions ne peuvent-elles pas fournir des outils pour revisiter quelques manières de penser et de faire ?

Mots-clefs : Commune, communauté, communautaire, communautarisme, coopération, coproduction, démocratie, développement soutenable, organisation, organisateur, politique, recyclage, région rurbaine, territoire, transition.

 

Pierre Gauthier

La fin des Ddass

Les Ddass ont cédé, il y a plus d’un an, la place pour l’essentiel à la délégation territoriale de l’Agence régionale de santé (ARS) pour le surplus à la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) dans les gros départements ou à la Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des personnes (DDCSPP) dans les autres. Les Drass ont connu le même sort.

Tout ceci conduit à revenir d’une part sur le bilan des services disparus et les circonstances qui ont rendu cette disparition inévitable, d’autre part sur le rôle que l’État entend jouer aux nouvelles directions.

L’État entend-il aller jusqu’au bout de la décentralisation ? Est-il en mesure d’être garant de l’égalité réelle des citoyens devant les services public ? L’État a-t-il encore besoin de services déconcentrés et pour quoi faire ? Enfin pourra-t-on faire l’économie d’un nouveau débat politique sur l’action sociale et la décentralisation ?

 

Robert Lafore

Le cadre politico-administratif local : terroirs, circonscriptions administratives et territoires

Essayer de comprendre le cadre politico-administratif, dont dépend la gestion de la question sociale, suppose une gymnastique de l’esprit dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle reste complexe et incertaine.

De l’État jacobin dispensateur des réponses aux besoins qui se manifestent sur le terrain, aux départements promus par la décentralisation au rôle de département-providence, pour en arriver par la grâce de la RGPP à une promotion de la région qui reprend aux départements certaines initiatives et fait éclater la globalité du social, à travers des administrations différentes, redonnant à la société ce qui lui avait été enlevé un moment… Le moins qu’on puisse dire c’est qu’on assiste à la fin des certitudes que le concept d’action sociale avait contribué à créer.

Le modèle départementaliste d’action sociale est en effet potentiellement en cause, d’une part par le possible affaiblissement de la collectivité départementale, d’autre part par la prépondérance donné par l’État à la région dans l’organisation des connexions nécessaires.

 

Pierre Gauthier

Territoires de solidarité, territoires de santé

Notre pays a un problème, ancien, avec ses territoires. Une organisation territoriale qui fait partie intégrante des institutions républicaines mais a besoin de plus que des demi réformes de ces dernières décennies, besoin de simplification mais surtout d’adaptation à une réalité sociale qui s’est radicalement transformée.

Des territoires « techniques », d’application, sous la forme de zonages dont la multiplication étouffe le concept même de territoire. Des territoires de projet, politiques, mal admis dans un système qui reste très centralisé dans sa culture, très hiérarchisé dans ses mécanismes : le jacobinisme n’est pas mort. Tout le monde est parait-il d’accord pour aller vers des politiques plus territorialisées : cette évolution suppose un pouvoir de décision au niveau de ces territoires (qui ne sont pas forcément des communes, des départements ou des régions) et pour les intervenants sociaux une remise en cause tant des politiques institutionnelles que des pratiques professionnelles. Les territoires de santé illustrent cette problématique en offrant un petit concentré de technocratie, dont chacun s’est accommodé jusqu’à présent…

 

Jacques Ladsous, Jacques Salvator

Le Territoire communal

Parmi les territoires de l’action, celui d’une commune est primordial car c’est dans ce territoire que se jouent toutes les phases du vivre-ensemble. Encore faut-il que le maire ait une conception de sa ville qui le permette et dont le souci d’accueil et d’implantation des habitants soit inscrit dans ses préoccupations et ses objectifs.

Jacques Salvator, maire d’Aubervilliers nous explique sa conception de la ville à Aubervilliers, une ville « pleine » qui respecte sa population, les équilibres naturels et les générations futures.

 

Martine Trapon

Les centres sociaux, lieux d’exercice de la citoyenneté

Les centres sociaux sont le fruit de la rencontre entre le mouvement associatif, le mouvement de l’éducation populaire et la Caisse d’allocations familiales dont le génie fût de préserver une identité et une originalité à ces institutions nées au début du XXe siècle. Le centre social est à l’interface du côté de la demande sociale dont il aide à l’expression et en même temps un lieu de mise en œuvre des politiques publiques locales ou nationales. Il constitue de ce fait un endroit propice à l’apprentissage et à l’exercice de la citoyenneté. Cela tient à ce qui structure son organisation : les instances de décision démocratiques, les valeurs auxquelles sont référées ses actions et le cadre apporté par l’agrément donné par les Caisses d’allocations familiales. Toute intervention conduite dans un centre social est le résultat d’une élaboration collective et d’une décision débattue où se lisent et se déchiffrent pour ses acteurs les différents paramètres de la complexité des termes de la question sociale aujourd’hui.

 

Rina Dupriet

Les centres communaux d’action sociale

Rina Dupriet, présidente honoraire de l’association nationale CCAS, présente le progrès que constituent les Centres communaux d’action sociale par rapport aux Bureaux de bienfaisance qui les ont précédés. Organisme utile, voire même indispensable, bien que souvent contesté et remis en cause.

 

Jo Spiegel

La maison de la citoyenneté : pour une démocratie de fraternité

Jo Spiegel, maire de Kingersheim, nous explique ce que représente dans sa commune la maison de la citoyenneté : un lieu exigeant destiné à informer, écouter, concerter, impliquer les habitants dans une démocratie d’élaboration.

 

Anne Petiau

Internet et les nouvelles formes de socialité

Internet et les nouvelles technologies de la communication font aujourd’hui pleinement partie des pratiques culturelles et de la sociabilité quotidienne des jeunes. Leurs pratiques et comportements en ligne portent des enjeux bien connus à ces âges de la vie, tels que l’entretien des relations amicales et l’affiliation à des univers culturels. Mais se jouent aussi dans ces espaces des processus plus contemporains. Les blogs et les réseaux sociaux notamment révèlent des modalités de construction identitaire passant davantage par la mise en scène de soi et la publicisation des sentiments intérieurs. Si ces usages sont aujourd’hui quasi-unanimement partagés, il n’en est pas de même des autres modalités d’utilisation. Les inégalités concernent aujourd’hui davantage les usages que l’accès aux nouvelles technologies. En travail social, des expériences existent qui s’appuient sur ces outils largement appropriés par les jeunes, qui mobilisent leurs potentialités en termes d’expression, de communication et de création de liens.

 

Joël Roman

La laïcité comme partage d’un monde commun

L’auteur nous livre son point de vue sur la question de la laïcité, question très présente depuis quelques années sur la scène sociale. Il dénonce un certain nombre d’amalgames, rappelle le principe juridique qui sous-tend la loi de 1905 instaurant la séparation de l’Église et de l’État et le principe de la liberté religieuse qu’il relie au principe fondamental de liberté individuelle. Les revendications ou aspirations de conformité à des règles religieuses ne manifestent pas, selon lui, un enfermement communautaire réfractaire à la laïcité, mais plutôt une volonté d’égal accès à un « monde commun », une exigence d’égalité de traitement tenant compte des différences de chacun. La légitimité de ce pluralisme des appartenances individuelles doit être reconnue car fondamentalement la laïcité est la loi du pluralisme ; si elle affirme la neutralité de l’État, c’est pour mieux reconnaître la diversité de la société civile et l’encourager.

 

Diana Garcia, Christophe Jibard, Séverine Lhez

Comment sont prises en compte les communautés : études et analyses

Dans les quartiers en difficulté, le travail social communautaire, peu développé en France, mais mieux connu dans le monde anglo-saxon, en Amérique du Sud et dans les pays émergents, déploie des modes d’intervention qui, à la fois s’appuient sur un travail de groupe d’usagers ou de collectifs d’habitants et prennent en compte le fait communautaire qui relie naturellement un groupe de personnes entre elles (sur un plan territorial et/ou même ethnique, culturel, religieux…).

Le travail social communautaire peut-il nourrir une certaine capacité d’initiatives ? Peut-il utilement compléter le travail social individuel et renforcer le capital social des populations ? Peut-il être vecteur de solidarité, de lutte contre l’isolement et d’autonomie en termes d’accès au logement, à l’emploi ?

Pour répondre à ces questions une petite équipe a lancé une étude sur quatorze lieux où des tentatives de ce genre ont été amorcées. Il en résulte un certain nombre d’analyses qui permettent de mettre en évidence les leviers et les freins qui existent autour de ces tentatives, dont certaines ont été reprises dans le rapport du Conseil supérieur du travail social 2010.

 

José Dhers, Jacques Ladsous, Jean-Claude Sommaire

Faire société autrement : réflexions, résistances, propositions

Les évènements de l’automne 2005 ne furent pas sans retentissement auprès des professionnels du social. Réfléchissant sur ce qui avait conduit à cette révolte de certaines banlieues, ils entreprirent de chercher à comprendre pourquoi et comment ils n’avaient pas su ou pas pu le prévoir. Ils retrouvèrent ainsi l’idée d’un travail social communautaire qui, lancé dans les années 1960 sur les messages de Paolo Freire, avait fini par tomber (ou presque) dans l’oubli, au profit d’un travail individuel plus axé sur le soutien et la réparation.

Une nouvelle réflexion s’engagea après une journée d’étude au CEDIAS en 2008 qui nous conduisit au colloque d’Aubervilliers en janvier 2011. Un peu plus de trois cents participants, une vingtaine d’ateliers, une table ronde avec quelques personnalités bien choisies, ce sont les résultats de ces réflexions que nous analysons dans cet article en relevant les opportunités, les résistances et les stratégies possibles pour faire évoluer la situation.

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