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Education

Éducation et rééducation en situation coloniale (Maghreb XIXe-XXe siècles), Les Études sociales, n° 152, 2e semestre 2010, dossier coordonné par Samuel Boussion et Sylvie Thénaul, 183 p.

Au moment où se fête ici ou là, avec plus ou moins de conviction, l’anniversaire de l’indépendance de l’Algérie (1962), les différents articles de cette revue éclairent d’une manière intéressante les ambigüités des apports éducatifs des colonisateurs, « pieds noirs » ou « franca… » en direction des populations colonisées.

Par exemple « a-t-on tenté en Algérie de mettre en place un calque métropolitain ou a-t-on joué la carte de l’expérience et de l’innovation ? »

« S’il est indéniable que les agents formés aux colonies bénéficient d’une forme précieuse de capital, qui leur permet de revendiquer une compétence spécifique, il est moins sûr qu’ils aient … reproduit leurs pratiques, sans les modifier, d’un territoire à l’autre. »

« L’histoire des transferts serait plutôt celle d’un réinvestissement de l’expérience coloniale avec celle d’une copie conforme… même en Algérie où la politique coloniale fut placée sous le mot d’ordre de l’assimilation, jamais le découpage administratif, ni les institutions ne furent strictement identiques à ceux de la Métropole. L’application en terre coloniale des politiques publiques métropolitaines relève d’une adaptation constante, leur conférant des traits inédits et donnant naissance à un système parfois très complexe ».

Complexe ! c’est bien ce que laissent entrevoir les différents articles qui composent la revue. Complexe, parce que, même si le Maroc, l’Algérie, la Tunisie représentent ce qu’on appelle le Maghreb, les problèmes ne s’y posent pas de la même manière, selon les territoires et selon les époques. Complexe parce que les représentations des acteurs, à partir des situations vécues, compte tenu de leurs origines, sont souvent extrêmement brouillées quand elles ne sont pas simplifiées. Complexe parce que l’évolution des politiques a parfois obligé à des choix difficiles sinon douloureux.

Les éléments d’histoire, les témoignages des acteurs, qu’ils soient convergents ou divergents, montrent bien qu’avant que nous ayons, les uns et les autres, digéré les sentiments ou les ressentiments qui nous habitent, il se passera un temps certain.

Une chose néanmoins est sure : c’est que les confrontations auxquelles ces acteurs éducatifs et sociaux ont été amenés, ont déclenché chez la plupart des réflexions qui ne sont pas sans rapport avec leur évolution professionnelle et personnelle.

« Les témoignages éclairent un contexte singulier, celui de territoires colonisés où se sont montés des projets socio-éducatifs nouveaux. Pour chacun de ces témoins, ces années passées en Algérie ou au Maroc sont porteuses de multiples significations et implications. Elles sont à la croisée des questionnements individuels et collectifs sur une vision du monde et des hommes. Elles sont à la croisée des engagements et des combats à mener pour une profession qui se construit, s’institue, mais aussi pour une idée de la justice sociale et de la liberté ».

Jacques Ladsous

 

Philosophie

Michaël FOESSEL (coord.), Où en sont les philosophes ? Esprit, n° 383, mars-avril 2012.

« Où en sont les philosophes ? » C’est sous ce titre que la Revue Esprit propose dans son numéro de mars 2012 un état des lieux partiel du champ philosophique tel qu’il se présente aujourd’hui dans notre pays. Les questions qui y sont abordées intéressent à différents niveaux l’Action sociale, comme nous allons le montrer. Nous en conseillons donc la lecture.

Coordonné par Michaël Foessel, maître de conférence à l’Université de Bourgogne, collaborateur d’Esprit depuis plusieurs années et auteur du remarqué La Privation de l’Intime (Seuil, 2008), il rassemble les contributions de plusieurs philosophes parmi lesquels Myriam Revault d’Allonnes que les travailleurs sociaux connaissent entre autres pour ses travaux sur L’Homme compassionnel (Seuil,2008) et son « Essai sur l’autorité », Le pouvoir des commencements (Seuil, 2006) ou Philippe Raynaud dont l’important Dictionnaire de philosophie politique devrait se trouver dans toutes nos bibliothèques.

Ces contributions dressent un tableau contrasté des reconfigurations à l’œuvre dans un contexte où la parole des philosophes est aujourd’hui « éclatée dans des lieux différents : université, médias, institutions publiques, associations de la société civile », et où il n’existe plus de référence dominante ni de figure unanimement admirée et respectée qui viendrait l’incarner aussi bien pour les spécialistes que pour les étudiants ou le grand public cultivé ou non.

Partagé entre des articles ou entretiens interrogeant cet éclatement à travers son histoire institutionnelle et des articles ou entretiens portant recensement des chantiers actuellement ouverts ou ré-ouverts, tout en prenant acte du fait que « le pluralisme des idées l’emporte aujourd’hui sur les problématiques dominantes », ce numéro vient témoigner de la vivacité et de l’actualité d’un travail de pensée qui ne se réduit pas à l’écume médiatique qui accompagne quelques « coups éditoriaux », et dont les objets sont aussi les nôtres.

Y sont ainsi évoqués :

– les questions du « genre » et de la norme dont nous savons les problèmes très concrets qu’ils nous posent dans les différents domaines de la vie ;

– « la crise » dont Myriam Revault d’Allonnes remarque qu’elle est devenue « le milieu » même de nos vies, « à la fois surplomb et horizon de nos existences » […] « norme à laquelle nous rapportons nos prises de conscience individuelles et collectives ainsi que les possibles modalités de notre action » ;

– le religieux, dont chacun d’entre nous, qu’il en diagnostique ou non le « retour », est bien obligé de constater « la puissance » ;

– le social, ou ce que nous appelons tel, à propos duquel la période actuelle , « entre l’expertologie sans recul et l’utopisme abstrait », laisse peut-être entrevoir « une place pour un discours capable de contribuer à la transformation de nos formes de vie actuelles » c'est-à-dire pour un éventuel renouveau de « la philosophie sociale » dont témoignent toute une série de travaux, y compris ceux que nous évoquons régulièrement dans ces colonnes, (cf. sur ce plan notre dernier numéro ) qui, rassemblés, délimitent un espace intermédiaire entre les grandes catégories socio-critiques et les réalités vécues ;

– la démocratie qui, pour ne pas se réduire à un signifiant vide doit
se comprendre comme une « expérience », « c'est-à-dire une manière de vivre ensemble à replacer dans un horizon de sens » qui permette d’en faire une instance critique ;

– l’utilité de l’histoire de la philosophie aussi pour mieux comprendre notre actualité, à travers un texte démontrant la pertinence d’une prétendue « vieillerie philosophique », le dualisme cartésien, pour faire droit à la distinction des phénomènes corporels et des phénomènes mentaux et ne pas céder au matérialisme naïf réduisant ces derniers aux premiers sous couvert d’objectivité scientifique, sans pour autant retomber dans un spiritualisme désuet.

Dans cette diversité, parce qu’il faut bien choisir, mais aussi parce que, bien que touchant de très près le travail social, ses recherches restent très peu connues – pour ne pas dire inconnues – des travailleurs sociaux , nous avons choisi d’apporter une attention particulière aux propos de Pierre-Henri Castel, philosophe et psychanalyste, directeur de recherche au CNRS et auteur de plusieurs livres parmi lesquels L’Esprit malade : cerveaux, folies, individus (Paris, Ithaque, 2010), Ames scrupuleuses, vies d’angoisse, tristes obsédés, vol 1 : « Obsessions et contrainte intérieure de l’Antiquité à Freud » (Paris, Ithaque, 2011) ou encore La métamorphose impensable : Essai sur le transexualisme et l’identité personnelle (Paris, Gallimard, 2003).

Sous le titre « Le Fou : un personnage conceptuel ? » cet auteur, répondant aux questions des responsables de la revue, fait le point sur l’histoire récente de la psychiatrie en France, sur les relations réciproques qui se sont nouées entre philosophie et psychiatrie, en tous cas dans notre pays, et tente à cette occasion de restituer le mouvement qui mène d’une position de « la folie comme une expérience qui peut nous apprendre quelque chose de la condition humaine » à son éclipse sous l’impact des « sciences neurocognitives », et de mesurer les conséquences de cette éclipse sur un secteur psychiatrique dont on nous accordera qu’il se trouve aujourd’hui « sinistré », tout en essayant de les replacer dans le mouvement général de nos sociétés.

Ce faisant, Pierre-Henri Castel nous rappelle utilement l’importance de la phénoménologie qui se développe en France au cours des années cinquante pour accompagner un mouvement de réforme des pratiques et des conditions d’hospitalisation, lui-même issu de la comparaison entre l’expérience des camps nazis et l’expérience asilaire. Ce courant, s’intéressant à l’expérience humaine vécue à la première personne comme source de vérité, porte spontanément une attention à l’expérience de la folie, y voyant un objet essentiel d’exploration susceptible de nous renseigner sur le côté obscur de la condition humaine, rejoignant de ce point de vue l’intérêt encore naissant pour la psychanalyse.

Dans un contexte, nous rappelle-t-il, marqué par la domination des neurologues sur la psychiatrie, ces approches ont favorisé l’ouverture des jeunes psychiatres aux sciences humaines et plus tard à la psychanalyse, développant ainsi une psychiatrie humaniste soucieuse de ne pas réduire la maladie à un déficit et la psychiatrie à une sorte de « défectologie ». Il s’en est suivi par exemple un intérêt particulier pour les potentialités créatives des malades mentaux tout à fait spécifique de la psychiatrie française à cette époque. « À partir du moment où l’on admet la possibilité de l’œuvre, et donc celle de "l’absence d’œuvre" on instaure un autre rapport à la maladie » résume bien P.-H. Castel.

Replaçant ce qu’on a appelé à tort « l’antipsychiatrie » dans ce mouvement historique, comme une « réaction de bon sens dans une société démocratique qui avait le sentiment que la dignité humaine était bafouée » dans des hôpitaux psychiatriques, surtout en province, où « des années 1950 jusqu’aux années 1970, comme Marcel Gauchet et Gladys Swain l’ont dit et redit, le sort des malades était souvent inhumain : abandonnés dans des dortoirs où ils dormaient dans des conditions d’hygiène atroces, parfois enfermés dans des cages… ». L’auteur y
voit « un élément rassembleur pour toute une génération de psychiatres-psychanalystes-intellectuels-militants de gauche » tout en soulignant les limites des élaborations théoriques, qu’il qualifie de « brouillonnes », qui ont accompagné cette période.

« Que reste-t-il de la dimension utopiste du mouvement sinon des souvenirs ? » se demande-t-il. « Force est au moins de s’interroger : est-on revenu à la vieille domination de la neurologie "scientifique" sur la psychiatrie "humaniste et bavarde", cette fois sous couvert de neurosciences ? ».

Sur ce dernier point, tout en indiquant que les neurosciences sont bien autre chose qu’une modernisation de l’explication organiciste de la folie et ont « élevé le débat » par rapport aux réductions des maladies mentales à des anomalies fonctionnelles et neurochimiques du cerveau, Pierre-Henri Castel fait cependant remarquer « qu’aucune maladie mentale, dont on nous avait promis la guérison ou même la compréhension n’a été expliquée ou guérie, qu’aucun traitement ou médicament n’a été mis au point » sur ces bases.

Tandis que « très loin des ivresses savantes que procurent les neurosciences », les acteurs des hôpitaux spécialisés (psychiatres, psychologues, infirmiers et travailleurs sociaux) continuent à se confronter à « la chronicité, à la misère, et à l’effet quand même un peu décevant des thérapies […], valorisent le travail social, souvent les psychothérapies et travaillent au long cours avec les familles » mais en étant désormais « coupés des sciences humaines vivantes qui avaient fécondé leur pratique ».

Terminant ce tour d’horizon par une réflexion sur les rapports actuels entre « folie et justice », il nous alerte sur ce qu’il faut peut-être considérer comme une perte : « De fait, autrefois, les psychiatres-experts disséquaient impunément les motifs psychologico-moraux des malades mentaux criminels, sur la base de tableaux cliniques qui se superposaient facilement à des personnalités, et en invoquant leur expérience de l’interaction avec ces sujets. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. En effet la psychiatrie neurocognitiviste qui aurait seule titre à parler au nom de la science objective n’a rien à dire qui puisse éclairer un tribunal sur la responsabilité d’un sujet, dans la mesure où l’intentionnalité sur laquelle le magistrat interroge l’expert n’a rien à voir avec l’intentionnalité naturalisée d’un processus cérébral ». Les conséquences sont immédiates : un individu souffrant d’un dysfonctionnement cérébral objectivement identifiable sera vite déclaré irresponsable, tandis que pour une personne souffrant de paranoïa, et ne présentant aucune anomalie ni lésion identifiable, l’expert aura beau faire, ce qu’il dira sera considéré comme des impressions subjectives sans valeur pour un jury.

En conclusion, Pierre-Henri Castel, rejoignant les réflexions de plusieurs penseurs, et notamment celles d’Alain Ehrenberg ou de Marcel Gaucher, rapporte le succès des sciences neurocognitives à la congruence des représentations de la souffrance mentale qu’elles induisent avec l’idée de responsabilisation des individus, d’autono­misation et de contrôle de soi qui constituent aujourd’hui notre état « normal ».

La « cognithérapie » qui s’annonce, nous dit-il, aura pour objet de remédier à mon défaut cognitif en tant qu’il
est un défaut de mes capacités à m’autonomiser au sein de la société : « On devrait regarder ce qui se dessine ainsi dans les nouvelles méthodes de "remédiation cognitive" pour schizophrènes, dans la psycho- éducation des proches de malades mentaux, dans les techniques d’apprentissage pour autistes… Cliniquement le gain est mince. Mais du point de vue de la satisfaction de nos idéaux les plus chers, il est considérable. […] Mais cela suscite de nouvelles servitudes comme de nouvelles souffrances. ».

Au point que puisse se poser cette utile question à laquelle un regard sur ce que nos pratiques de travailleurs sociaux et les difficultés que nous constatons, chez les personnes que nous sommes amenés à rencontrer, nous convie :

« De quel prix, peut-être supérieur à celui que réclamait au moi le bon vieux sur-moi freudien, est aujourd’hui payée l’infraction à l’obligation d’être autonome en tout ? »

Jacques Riffault

Livres reçus

Guy BAILLON, Quel accueil pour la folie ?, Champ social (34 bis rue Clérisseau, 30000 Nîmes), 2011, 339 p. (Collectif psy)

René BAPTISTE, Bernard CAUBÈRE, Développer l’éthique en travail social. Solidarité et engagement associatif, préface de Martin Pochon, Chronique sociale (7, rue du Plat, 69288 Lyon cedex 02), 2011, 235 p. (Comprendre la société. L’essentiel)

Francis BATIFOULIER, Noël TOUYA (dir.), Promouvoir les pratiques professionnelles en action sociale et médico-sociale. Etablissements, dispositifs, réseaux, Dunod (5, rue Laromiguière, 75005 Paris), 2011, XXI-357 p. (Action sociale)

Gaetano BENEDETTI, La folie en partage. De l’engagement thérapeutique dans la clinique des psychoses, trad. de l’italien par Danièle Faugeras et Patrick Faugeras, Erès (11, rue des Alouettes, 31250 Ramonville Saint-Agne), 2011, 199 p. (La Maison jaune)

Catherine BOUVE, Catherine SELLENET, Confier son enfant. L’univers des assistantes maternelles, Ed. Autrement (77 rue du Faubourg-Saint-Antoine, 75011 Paris), 2011, 203 p. (Collection Mutations ; 265)

Philippe CROGNIER, Précis d’écriture en travail social. Des ateliers d’écriture pour se former aux écrits professionnels, ESF (52 rue Camille Desmoulins, 92448 Issy-les-Moulineaux cedex), 2011, 172 p. (Actions sociales. Pratiques)

Michel FOUDRIAT, Le changement organisationnel dans les établissements sociaux et médico-sociaux. Perspectives théoriques croisées, Presses de l’Ecole des hautes études en santé publique (Avenue du Professeur-Léon-Bernard, CS 74312, 35043 Rennes cedex), 2011, 314 p. (Politiques et interventions sociales)

Thierry GOGUEL D’ALLONDANS, Jean-François GOMEZ, Le travail social comme initiation. Anthropologies buissonnières, Erès (11, rue des Alouettes, 31250 Ramonville Saint-Agne), 2011, 250 p. (L’Éducation spécialisée au quotidien)

Henry NOGUÈS, Marc ROUZEAU, Yvette MOLINA (dir.), UNAFORIS, Le travail social et ses formations à l’épreuve des territoires, Presses de l’Ecole des hautes études en santé publique (Avenue du Professeur-Léon-Bernard, CS 74312, 35043 Rennes cedex), 2011, 269 p. (Politiques et interventions sociales)

Stéphane RULLAC (dir.), DEES : le mémoire professionnel de l’éducateur spécialisé. Finalité, méthode, rédaction, ESF (52 rue Camille Desmoulins, 92448 Issy-les-Moulineaux cedex), 2011, 127 p. (Actions sociales. Pratiques)

 

Rééditions

Bertrand BERGIER, Ginette FRANCEQUIN, La revanche scolaire. Des élèves multiredoublants devenus superdiplômés, nouv. éd., Erès (11, rue des Alouettes, 31250 Ramonville Saint-Agne), 2011, 285 p. (Sociologie clinique)

Marie-Hélène BOUCAND, Dire la maladie et le handicap. De l’épreuve à la réflexion éthique, Erès (11, rue des Alouettes, 31250 Ramonville Saint-Agne), 2011, 207 p. (Espace éthique)

François CHOBEAUX, Les nomades du vide. Des jeunes en errance, de squats en festivals, de gares en lieux d’accueil, La Découverte (9 bis rue Abel-Hovelacque, 75013 Paris), 2011, 143 p. (La Découverte. Poche ; 188)

Mitra KHOSRAVI, La vie quotidienne du malade d’Alzheimer, 4e éd., Doin (1, rue Eugène et Armand Peugeot, 92856 Rueil-Malmaison cedex), 2011, IX-362 p.

Joseph ROUZEL, « Parole d’éduc ». Educateur spécialisé au quotidien, Erès (11, rue des Alouettes, 31250 Ramonville Saint-Agne), 2011, 254 p.

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