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Action sociale

Johan PRIOU, Séverine DEMOUSTIER, Institutions et organisation de l’action sociale et médico-sociale, (Dunod, 5, rue Laromiguière - 75005 Paris), 2009, 150 p.

La bande annonce déclare : « comprendre et retenir l’essentiel », et c’est bien de cela qu’il s’agit. En dix-neuf fiches, les auteurs ont voulu rendre accessibles tous les éléments qui contribuent à l’action sociale : les lois, les  réglementations, les organisations, les structures, les acteurs professionnels et usagers. Il s’agit d’un panorama général de ce secteur d’activité dont la complexité est souvent, pour les gens qui ne sont pas du secteur, une source sinon d’incompréhension, au moins d’interrogation. Parmi les fiches qui ont particulièrement retenu mon attention, je voudrais citer la fiche 1 qui met l’accent sur les mémoires de l’action sociale, la fiche 3 qui résume les grandes lois qui structurent le secteur, la fiche 5 qui fait l’inventaire des organismes gestionnaires et des acteurs professionnels, la fiche 6 sur la répartition des compétences du fait de la décentralisation, la fiche 8 sur les instances de concertations et les observatoires, la fiche 12 sur la coopération entre les établissements et les services, la fiche 13 sur les usagers, la fiche 17 sur les professionnels et la fiche 19 sur l’évaluation.

Est-ce qu’après avoir lu tout cela, on sera à même de comprendre l’essentiel ? Ceci est moins sûr, car si l’on se repère mieux à travers  tout de qui a un rôle dans la conduite de l’action sociale, on n’aura pas forcément les éléments qui en définissent et approfondissent le sens. C’est la difficulté de tous ces guides qui aident à se retrouver dans le dédale de ces personnes physiques, morales, qui sont mobilisées autour d’un secteur d’activité important, mais ne permettent pas forcément d’en comprendre le sens, l’utilité, l’efficacité, car les activités humaines ne sont pas, comme l’a dit Ardoino, des produits labellisés mais des images changeantes qui dépendent à la fin de ceux qui les font et de ceux pour qui elles sont faites.

Ce livre nous aidera à situer l’ensemble. Mais si vous voulez aller plus loin, il vous faudra vous tourner vers la bibliographie (bien faite) et choisir d’approfondir quelques thèmes.  À noter en fin de parcours un lexique des sigles, indispensable pour ceux qui veulent vraiment s’y retrouver.

Jacques ladsous.

ÉDUCATION

Gérard STREIFF et des jeunes du Bois l’Abbé, L’inconnu du B.L.B. Ed. Érès (11, rue des Alouettes, 31520 Ramonville-Saint-Agne), 2009, 132 p.

Une fois n’est pas coutume… J’ai été tout surpris de recevoir de la part des éditions Érès, un petit livre classé dans les « polars ». Que s’était-il donc passé pour que les éditions Érès se lancent dans cette aventure ? Si vous étiez allé à la conférence de presse qui s’est tenu au Pavillon Baltard, vous auriez découvert les auteurs de ce roman : des jeunes du Bois l’Abbé, avec leurs animateurs, et le responsable de l’atelier d’écriture. Car il s’agit bien d’un travail collectif où le passage à l’écrit prend la place du passage à l’acte, et c’est pourquoi Erès l’a édité. Alors puisque les jeunes m’ont dédicacé ce livre, j’ai envie de vous en parler. N’y cherchez pas une intrigue compliquée, mais découvrez le Bois l’Abbé, ce quartier de Champigny-sur-Marne, qui est le leur, ce quartier qu’ils aiment malgré ses inconvénients, ce quartier qu’ils sont capables de décrire avec ses couleurs, ses odeurs, sa vie. Régalez-vous au mariage de Coula Kanamakasy et Bijou. « Comment rêver de plus beau nom pour une fiancée : bijou ! »

Participez à l’agitation du quartier à l’annonce de la visite du président de la République, visite qui ne fut qu’une rumeur. Imprégnez-vous des « raps » qui ponctuent ce livre, dans la langue du Bois l’Abbé. C’est parce que ces raps ont frappé les animateurs par leur qualité que naquit l’idée de l’atelier d’écriture. Ils disaient que tout était pourri dans ces quartiers « ghetto » où les jeunes s’ennuient. Oui, ils s’ennuient si l’on ne s’intéresse pas à ce qu’ils font, ce qu’ils parlent, ce qu’ils chantent… Avant de proposer des activités, sachons d’abord écouter, comprendre.

Ce livre est d’une grande fraîcheur. Derrière ces mots parfois incompréhensibles pour nous, se cache le désir de vivre, le désir d’aimer. Qu’il vous enchante comme il m’a enchanté, c’est tout ce que je vous souhaite.

J.L.

Psy…

Guy BAILLON, Les usagers au secours de la psychiatrie. La parole retrouvée. Ed. Érès (11, rue des Alouettes, 31520 Ramonville-Saint-Agne), 2009, 443 p.

Comment rendre compte d’une telle somme, sinon de dire que cet ouvrage est indispensable à tous ceux qui veulent comprendre quelque chose à ce qui se passe aujourd’hui autour de ceux que la loi de 2005 appelle « les handicapés psychiques », ballotés entre une reconnaissance officielle de leurs difficultés et un discours sécuritaire de nos dirigeants, à commencer par le Président de la République, qui conduit à privilégier la prison plutôt que de réformer le système de soins.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit et le bel optimisme de Guy Baillon que j’admire… et que je partage, ne doit pas nous laisser dans l’attente de miracles, mais dans la volonté d’agir dans le sens de la loi pour proposer les alternatives nécessaires.

Ce livre commence justement par l’analyse des contradictions et des paradoxes qui conduisent les professionnels de la psychiatrie, et ceux de l’action sociale, à se partager la responsabilité des prises en charge sans coopérer vraiment ni communiquer entre eux pour rendre leurs efforts complémentaires. Ceci, nous l’avons dénoncé au début de ce siècle quand nous avions souhaité « une politique citoyenne de santé mentale » (cf. actes du colloque aux CEMEA). Mais dans cette situation confuse la loi du 11 février 2005 sur l’égalité des chances porte en elle les germes non seulement d’une évolution, mais d’une révolution, si nous savons saisir les perches qu’elle nous tend, car c’est une loi de circonstance qui veut pallier les insuffisances constatées, une loi de compromis qui tend à ne pas favoriser un handicap plus qu’un autre, un groupe professionnel plus qu’un autre, une loi de progrès parce qu’elle reconnait deux causes au handicap, l’une concernant la personne, ce qui nécessite d’étudier ses besoins, l’autre concernant la société et ses différents acteurs, ce qui nécessite d’agir sur la cité, une loi en devenir car son application nécessite de multiples décrets et arrêtés en restant en permanence vigilant sur l’évolution sociale.

Pour bien comprendre ce qu’elle porte de possibilités novatrices, Guy Baillon fait un état des lieux de la psychiatrie aujourd’hui, et un résumé de son histoire, jusqu’à la politique de secteur qui fut une découverte importante du traitement des « fous » sans que pour autant les moyens leur soient donnés de pouvoir s’exercer pleinement avec toute l’efficacité souhaitée. C’est bien cela l’un des paradoxes fondamentaux. Alors que cette politique de secteur devait entraîner la collaboration de tous les acteurs attachés à favoriser les situations de « bien-être », ce qui fut fait dans certains cas, elle entraina dans d’autre cas des incompréhensions voire même des méfiances, des décharges de responsabilité entre les uns et les autres, créant plus de souffrances et d’abandons qu’elle ne proposait d’accompagnement réel de ceux qu’on appelle les « usagers » à travers les projet de vie. D’où les incompréhensions, les malaises existant entre les acteurs de la psychiatrie, et ceux de l’action sociale, porteurs du déni des troubles et engendrant de ce fait une « dangerosité » mal contrôlée.

Ce déni peut-il être conscientisé, déverrouillant la psychiatrie et ouvrant le champ social à une collaboration efficace ? Car les réponses à élaborer ne peuvent être porteuses de progrès que si elles s’élaborent ensemble, traitant à la fois l’usager et son milieu social et familial, collaborant avec les uns et les autres dans une recherche de solutions où l’usager a toute sa place, où sa parole est entendue, tant dans ses appels au secours que dans sa volonté de prendre sa place dans l’amélioration de son état. C’et alors que le projet de vie, toujours absent au début, devient vite un outil vecteur du lien.

« Il suffit de commencer par noter ponctuellement les investissements quotidiens les plus simples, pour les prendre en compte et les faire advenir au statut de projet actuel. Le projet de vie devient vite alors une «" donnée évolutive", peu à peu la reconnaissance de ces données modestes ouvrira à d’autres échanges qu’il s’agit d’accompagner, qui éveillent et deviennent d’autres investissements.

Cette notion s’avère alors être un vecteur permettant de reconnaître l’éveil successif des désirs de la personne en leur donnant une possibilité d’être écoutés, prolongés.

Nous comprenons aussi le piège qu’il peut présenter en voulant, le "tout faire", "trop vite" : la personne n’exprimant aucun désir, chacun, qui de sa générosité, qui de sa lucidité, va se précipiter pour montrer l’appui que la personne peut escompter de son entourage, pour montrer que l’on croit (ou pas !) à ses potentialités : la famille, le généraliste, l’assistante sociale, tel membre de l’équipe psychiatrique, les amis, l’entourage élargi !

En réalité seul le temps, la confiance, fruit des échanges (qui se sont établis avec les membres de la Maison, et quelques rares interlocuteurs privilégiés), pourront l’aider à reconnaître ses propres désirs, et à les exprimer.

En nous référant à nos propres difficultés à prévoir notre avenir, nous comprenons à quel point nous devons être modestes ici. L’essentiel est le " processus", le mouvement qui incite la personne à envisager des investissements, qui sont d’abord les moments du quotidien. Au total c’est ce processus lent qui soutient la personne dans la continuité de sa construction psychique ; peu importe le projet, c’est travailler autour qui est essentiel.

Le projet de vie ainsi devient une référence forte, un point d’ancrage essentiel. »

C’est dans cette perspective que Guy Baillon propose un « plan santé mentale » en quinze points, susceptible de faire évoluer les choses, pour peu que les élus en comprennent la philosophie et que chaque acteur, quelle que soit son appartenance – famille, santé, Éducation nationale, action sociale, justice… – joue son rôle, rien que son rôle dans la scène d’ensemble que nécessitent les situations des personnes concernées. C’est à travers leur parole retrouvée que vont se construire ces scènes dont ils sont, après tout, les acteurs principaux.

Puisse l’optimisme prudent de Guy Baillon trouver des résonnances parmi tous les acteurs concernés, redonnant l’espoir à tous ceux que les régressions actuelles portaient parfois au découragement et à l’impuissance.

J. L.

Livres reçus

Joël ANNEIX, Daniel SAUVAGET, Saint-Nazaire au temps des baraques. Herbins et les cités d’après guerre, Liv’Editions (20, rue de Portz-en-Haie, BP 15, 56320 Le Faouët), 2009, 215 p.

Bernard ANDRIEU (dir.), Alfred Binet. De la suggestion à la cognition, 1857-1911, Chronique sociale (7, rue du Plat, 69288 Lyon cedex 02), 2009, 224 p. (Pédagogie formation)

Brigitte BOUQUET, Jean-François DRAPERI, Marcel JAEGER, Penser la participation en économie sociale et en action sociale, Dunod (5, rue Laromiguière, 75005 Paris), 2009, VII-277 p. (Action sociale)

Christine BOUNEAU, Socialisme et jeunesse en France, 1879-1969. Acteurs, discours, moments et lieux, Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine (Domaine universitaire, 10 Esplanade des Antilles, 33607 Pessac cedex), 2009, 662 p.

Michel DREYFUS, L'antisémitisme à gauche. Histoire d'un paradoxe, de 1830 à nos jours, La Découverte (9bis, rue Abel Hovelacque, 75013 Paris), 2009, 354 p.

Michel DREYFUS (dir.), Les assurances sociales en Europe, Presses universitaires de Rennes (Campus de la Harpe, 2 rue du Doyen Denis-Leroy, 35044 Rennes Cedex), 2009, 261 p. (Pour une histoire du travail)

Nathalie DUVAL, L’École des Roches, Belin (8, rue Férou, 75278 Paris cedex 06), 2009, 303 p. (Histoire de l’éducation)

Jean JAURES, Les années de jeunesse, 1859-1889, éd. établie par Madeleine Rebérioux et Gilles Candar, Fayard (13 rue du Montparnasse, 75278 Paris Cedex 06), 2009, 657 p. (Œuvres de Jean Jaurès, tome 1)

Paul LAFARGUE, Paresse et Révolution. Écrits, 1880-1911, préf. et annoté par Gilles Candar et Jean-Numa Ducange, Tallandier (2 rue Rotrou, 75006 Paris), 2009, 431 p. (Texto. Le goût de l’histoire)

Laurent LASNE, De Gaulle, une ambition sociale foudroyée. Chronique d’un désenchantement, Ed. Le Tiers livre (1 avenue Alfred Belmontet, 92210 Saint-Cloud), 2009, 207 p.

Hughes LETHIERRY, Apprentissages militants. Les appréhender, les (re)connaître, Chronique sociale (7, rue du Plat, 69288 Lyon cedex 02), 2009, 334 p. (Comprendre la société. L’essentiel)

Danièle LINHART, avec Barbara RIST et Estelle DURAND, Perte d’emploi, perte de soi, Érès (11, rue des Alouettes, 31250 Ramonville Saint-Agne), 2009, 214 p.

Céline METTON-GAYON, Les adolescents, leur téléphone et Internet. « Tu viens sur MSN ? », L’Harmattan (5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris), 2009, 202 p. (Collection « Débats Jeunesses »)

Kostas NASSIKAS (dir.), Le corps dans le langage des adolescents, préf. de Philippe Jeammet, Érès (11, rue des Alouettes, 31250 Ramonville Saint-Agne), 2009, 133 p. (Petite collection « Enfances & psy »)

Anaïk PIAN, Aux nouvelles frontières de l’Europe. L’aventure incertaine des Sénégalais au Maroc, La Dispute (109 rue Orfila, 75020 Paris), 2009, 237 p.

Fabienne PORTIER-LE COCQ, Sexualité et maternité des adolescentes. Voix anglaises et écossaises, Presses universitaires de Rennes (Campus de la Harpe, 2 rue du Doyen Denis Leroy, 35044 Rennes Cedex), 2009, 329 p. (Des sociétés)

René SEDES, Square Payret-Dortail. La singulière aventure sociale d’une cité HLM à Vanves (1929-2009), Edition du bout de la rue (1, rue Marcelin Berthelot, 92170 Vanves), 2009, 80 p.

Virginie SEGHERS, La nouvelle philanthropie. (Ré)invente-t-elle un capitalisme solidaire ?, Ed. Autrement (77, rue du Faubourg-Saint-Antoine, 75011 Paris), 2009, 267 p. (Acteurs de la société)

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