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Economie

Camille LANDAIS, Thomas PIKETTY, Emmanuel SAEZ. Pour une révolution fiscale. Un impôt sur le revenu pour le XXIe siècle, Ed du Seuil (27 rue Jacob, 75006 Paris), 2011, 134 p. (La République des idées).

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mai j’ai beau essayer de comprendre comment fonctionnent les impôts, de quelle manière ils se répartissent, comment ils se calculent, avec les plus et les moins qui en modifient le total, jusqu’ici je n’ai jamais su y arriver.

Avec ce livre, je viens de comprendre pourquoi, à travers la complexité qui s’attache aux différents calculs simples, privilégiant les uns, défavorisant les autres, seuls les spécialistes pourraient s’y retrouver : seuls ils pourraient nous rassurer sur nos facultés en dénonçant le manque de transparence, le camouflage, autant que faire se peut, des privilèges, l’art d’em­brouiller les choses au point qu’on se sente asphyxié et qu’on finisse par se soumettre, faute de pouvoir apprécier les choses en profondeur.

Il faut donc rompre avec ce qu’ils appellent l’inertie fiscale, en éclairant les chemins tortueux faits de collages multiples et progressifs qui conduisent à la somme que nous sommes tenus de verser.

En remettant les choses à plat, en éclairant les réformes qui s’ajoutent les unes aux autres, les auteurs nous montrent combien ce système d’aujourd’hui est injuste, favorise les gens aisés, sous des dehors apparemment sociaux, enfonce les faibles, ce qui fait que tout le monde râle : les pauvres parce qu’ils n’arrivent pas à suivre, les gens riches parce qu’ils trouvent toujours qu’on leur prend trop. Et leur démonstration est d’une telle clarté que l’on peut comprendre pourquoi cette obligation citoyenne dont nous devrions être fiers, nous tourmente et nous invite à tricher.

Alors que faire ? C’est l’autre partie de ce livre qui ne se borne pas à critiquer, mais se risque à proposer. Et là encore, leur démonstration est si claire qu’on se demande pourquoi on n’a pas encore émis cette proposition où chacun peut se retrouver dans une perspective équitable. Bien sûr, il faut carrément bâtir un autre mode de calcul et de prélèvement. C’est pourquoi sans doute le livre s’appelle Révolution fiscale et non réforme. Cette démonstration mathématique remet toutes les pendules à l’heure. Peut-être certains d’entre nous n’y trouveront pas de diminutions, peut-être même quelques-uns y trouveront une augmentation, mais l’écart entre les riches et les pauvres ne continuera pas à se creuser au détriment de ces derniers.

Je vous conseille cette lecture. Vous y verrez que les mathématiques peuvent être compréhensibles par tous. Et d’ailleurs ces chercheurs nous invitent après lecture à débattre avec eux pour améliorer encore ce qui reste améliorable. Bonne occasion de passer du « cochon de payant » au contributeur éclairé.

Jacques Ladsous

Enfance

Jean-Louis MAHÉ, en collaboration avec Émilie GARCIA-BALLESTER. Désenchantements. Paroles d’enfants placés en collectivités de l’Aide sociale à l’enfance, Ed. Champ social (34 bis rue Clérisseau, 30000 Nîmes), 2010, 227 p. (Enfance et adolescence).

Dans cet ouvrage, la parole est donnée à trente enfants et adolescents placés dans un foyer dans un département francilien. Ils sont âgés de 6 à 18 ans. Chaque témoignage est construit à partir d’un ou de plusieurs entretiens avec l’auteur, de la proposition par l’enfant ou l’adolescent d’une création libre (dessins, photographies, textes, poésie, paroles de chanson) et des réponses au questionnaire de Proust.

Ils sont invités à parler de leur expérience de placement, de la manière dont ils ont vécu l’arrivée au foyer puis la vie quotidienne dans un univers collectif. Chacun a choisi un pseudonyme.

Au terme des témoignages, à partir de la convergence des propos, l’auteur propose une analyse synthétique du contenu des discours.

Car les discours de ces enfants convergent et, ce faisant, soulèvent des interrogations quant à la fonction du placement, du foyer et des éducateurs professionnels et spécialisés dans leur vie. Ils décrivent leur cheminement pour aboutir à une compréhension de ce que le cadre du placement en collectivité implique dans le déroulement de leur enfance. Ils se situent, se positionnent et se projettent, individuellement et personnellement.

Patricia Fiacre

Histoire

John WARD. Le mouvement américain pour l’hygiène mentale (1900-1930), ou Comment améliorer la race humaine ? L’Harmattan (5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris), 2010, 200 p. (Racisme et eugénisme)

Depuis un certain nombre d’années, et sous l’influence de psychiatres humanistes, le concept de santé mentale, positif, s’est substitué à ceux d’aliénation et de folie, négatifs. Quel a été le tournant de cette transformation ? En publiant cet ouvrage John Ward nous fait remonter au début du siècle dernier. C’est en effet en 1910 que, sous l’influence d’Adolf Meyer et d’un ancien malade mental, Clifford Beers, qui a fondé en Amérique le National Committee of Mental Hygiene (Comité national de l’hygiène mentale).

Certes, l’hygiène mentale ne s’apparente pas complètement à la santé mentale. Elle est surtout utilisée au début dans un but de prévention. Les théories de Darwin sur l’évolution peuvent faire craindre en effet qu’une évolution mal maîtrisée n’entraîne une dévaluation de l’espèce humaine en laissant engendrer des êtres dont les carences et les comportements risqueraient de dénaturer notre espèce. Pour sauvegarder la race, il y a lieu de faire le ménage et de pratiquer une hygiène de vie, en même temps qu’une hygiène sociale qui non seulement nous protège des régressions, mais en même temps contribue à l’amélioration de la race humaine.

On comprend qu’une telle préoccupation pouvait dériver sur une psychiatrie totalitaire telle que le régime hitlérien la pratiquait, en poussant à la suppression des êtres dangereux. Heureusement, le mouvement fut animé par un malade mental guéri qui poussa à la transformation de la psychiatrie en utilisant la compréhension, l’éducation, en prônant une hygiène qui puisse proposer à chaque personne atteinte des activités qui lui permettent d’utiliser son potentiel et de positiver ses troubles dans le sens d’une amélioration sociale. Et c’est à travers son histoire de vie que l’on peut lire les démarches qui facilitent son intégration et le transforme lui, non soignant, en propagateur d’une attitude nouvelle.

Je ne vais pas reprendre l’ensemble du livre. Je voudrais simplement souligner les éléments qui me paraissent devoir faciliter aujourd’hui la compréhension de ces troubles mentaux.

D’abord le fait qu’on ne peut traiter le sujet sans agir sur son milieu ;

Ensuite l’importance de ne pas laisser ce problème seulement entre les mains des médecins. Il faut des médiateurs pour accompagner tant l’action sur le milieu que celle sur le sujet, et c’est la naissance du travailleur social d’abord très dépendant du psychiatre, puis trouvant progressivement son autonomie. Mais, attention, on ne s’improvise pas « travailleurs social ». Si ce personnage doit être à la fois « un thérapeute individuel et un avocat qualifié spécialisé dans l’amélioration de la société ».

Et il faut une connaissance du comportement humain et des pathologies qui y sont liées, une connaissance du développement harmonieux de l’enfant, un apprentissage de la clinique qui lui donne la possibilité réelle d’une aide au diagnostic.

Ensuite, et ce n’est pas la moindre des leçons de cette histoire, la collaboration du sujet lui-même, sans laquelle aucune amélioration n’est possible.

C’est à la philosophie pragmatique de William James que l’on doit la base théorique de cette transformation. Plus tard, le case work enrichira cette base, en négligeant peut-être trop l’idée de travail communautaire qui était à l’origine un des moteurs de l’hygiène mentale.

Cet ouvrage vient d’autant plus à point, dans notre société contemporaine, que les dérives que nous constatons chez un certain nombre de nos compatriotes, ne sont pas sans rappeler les tentations eugéniques qui ont conduit à la psychiatrie totalitaire. Il vient pour nous comme un avertissement.

J. L.

Livres reçus

Régine BARRÈS, Anne-Marie HENRICH, Danièle RIVAUD. Le nouveau dictionnaire de la santé publique et de l’action sociale, Foucher (58 rue Jean Bleuzen, 92178 Vanves), 2010, 495 p.

Anni BORZEIX, Gwenaële ROT. Genèse d’une discipline, naissance d’une revue : « Sociologie du travail », Presses universitaires de Paris Ouest (Université Paris Ouest Nanterre La Défense, 200 avenue de la République, Bat A bureau 320, 92001 Nanterre cedex), 2010, 393 p.

Jean CHARLES. Besançon ouvrier. Aux origines du mouvement syndical, 1862-1914, préface d’Antoine Prost, Presses universitaires de Franche-Comté (diffusion CID : 131 boulevard Saint-Michel, 75005 Paris), 2010, 406 p.

Bernard DESMARS. Militants de l’utopie ? Les fouriéristes dans la seconde moitié du XIXe siècle, Les Presses du réel (35 rue Colson, 21000 Dijon), 2010, 423 p.

Tristan GARCIA-FONS. Inventer avec l’enfant en CMPP, Erès (11, rue des Alouettes, 31250 Ramonville Saint-Agne), 2010, 176 p.

Charles GIDE. Solidarité, présenté et annoté par Patrice Devillers, L’Harmattan (5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris, 2010, 273 p. (Les Œuvres de Charles Gide ; 11)

Roger-Henri GUERRAND. Corps et confort dans la ville moderne, textes choisis et présentés par Ginette Baty-Tornikian, Ed. Recherches (17 impasse Mousset, 75012 Paris), 2010, 346 p.

Jean JAURÈS. Œuvres, tome 2, Le passage au socialisme (1889-1893), textes rassemblés, présentés et annotés par Madeleine Rebérioux et Gilles Candar, Fayard (13 rue du Montparnasse, 75278 Paris cedex 06), 2011, 747 p.

Odile KREMP, Michel ROUSSEY (coord.). Pédiatrie sociale ou l’enfant dans son environnement, tome 2, Doin (1 rue Eugène et Armand Peugeot, 92856 Rueil-Malmaison cedex), 2010, XVIII-285 p. (Progrès en pédiatrie ; 28)

Jean-Louis LAVILLE, Pascal GLÉMAIN. L’économie sociale et solidaire aux prises avec la gestion, Desclée de Brouwer (10 rue Mercœur, 75011 Paris), 2010, 480 p. (Solidarité et société)

Pierre-Brice LEBRUN. Guide pratique du droit de la famille et de l’enfant en action sociale et médico-sociale, Dunod (5, rue Laromiguière, 75005 Paris), 2010, IX-370 p.

Isabelle LESPINET-MORET, Vincent VIET (dir.). L’Organisation internationale du travail. Origine, développement, avenir, Presses universitaires de Rennes (UHB Rennes 2, Campus de la Harpe, 2 rue du doyen Denis-Leroy, 35044 Rennes cedex), 212 p. (Pour une histoire du travail)

Henri PERRET. Conflits, crises, dépressions… et autres réjouissances. Essai, L’Harmattan (5-7 rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris), 2010, 160 p.

Roland PIGNOL, en collaboration avec Jean-Michel DORÉ et Michèle BARDIN. Témoignage sur le monde HLM, Emerit Publishing (97 rue Nollet, 75017 Paris), 2010, 277 p.

Catherine POTREL. Être psychomotricien. Un métier du présent, un métier d’avenir, Erès (11, rue des Alouettes, 31250 Ramonville Saint-Agne), 2010, 469 p. (Trames)

Émile POUGET. L’action directe et autres écrits syndicalistes (1903-1910), textes réunis, annotés et présentés par Miguel Chueca, Agone (BP 70072, 13192 Marseille cedex 20), 2010, 296 p. (Mémoires sociales)

Véronique ROUYER, Sandrine CROITY-BELZ, Yves PRETEUR (dir.). Genre et socialisation de l’enfance à l’âge adulte. Expliquer les différences, penser l’égalité, Erès (11, rue des Alouettes, 31250 Ramonville Saint-Agne), 2010, 238 p.

Stéphane RULLAC, Laurent OTT (dir.). Dictionnaire pratique du travail social, Dunod (5, rue Laromiguière, 75005 Paris), 2010, 361 p. (Action sociale)

Victor SERGE. Retour à l’Ouest. Chroniques (juin 1936-mai 1940), Agone (BP 70072, 13192 Marseille cedex 20), 2010, XXV-372 p. (Mémoires sociales)

Jean-Louis VAN BELLE. Un grand penseur toujours d’actualité : Henri Lambert (1862-1934). Maître de verrerie, économiste, sociologue, grand réformateur, philosophe, visionnaire, Ed. La Taille d’Aulme (rue Mathias 13, B-1440 Braine-le-Château), 2010, 419 p.

Corinne VERDU. L’accueil familial. Côté cour, côté jardin, Dunod (5, rue Laromiguière, 75005 Paris), 2011, VIII-151 p. (Enfances).

Maxime VUILLAUME. Mes cahiers rouges. Souvenirs de la Commune, éd. intégrale inédite, texte présenté, établi et annoté par Maxime Jourdan, La Découverte (9 bis rue Abel-Hovelacque, 75013 Paris), 2011, 720 p.

Jean-Claude WALFISZ. Engagez-vous qu’ils disaient. Histoire des services droit des jeunes, Ed. Jeunesse et droit (16 passage Gatbois, 75012 Paris), 2011, 148 p.

Daniel WELZER-LANG, Chantal ZAOUCHE GAUDRON (dir.). Masculinités : état des lieux, Erès (11, rue des Alouettes, 31250 Ramonville Saint-Agne), 2011, 269 p.

Rééditions

Véronique FREUND. Le métier d’éducateur de la PJJ, 3e éd., La Découverte (9 bis rue Abel-Hovelacque, 75013 Paris), 2010, 191 p. (Alternatives sociales. Les métiers du social)

Patrick ALVIN. L’envie de mourir, l’envie de vivre. Un autre regard sur les adolescents suicidants, 2e éd., Doin-Lamarre (1 rue Eugène et Armand Peugeot, 92856 Rueil-Malmaison cedex), 2011, XXXII-256 p.

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