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Auteur(s): 
Jacques Ladsous
Marc de Montalembert

Dans les années 1930, alors que les conséquences de la crise de 1929, qui laissaient beaucoup de gens dans la misère tant matérielle qu’intellectuelle et spirituelle (travail épuisant et incertain, ressources insuffisantes, accès à la culture très restreint), se faisaient douloureusement ressentir, un petit groupe de jeunes gens imaginaient des utopies pour un monde meilleur. Parmi ceux-ci se trouvaient Jean Guéhenno et Robert Garric.

En 1936, le Front populaire, même s’il fut de courte durée, ouvrit des fenêtres sur la vie sociale, l’organisation du travail et donna du temps libre à ceux qui n’avaient jamais pu en avoir réellement, tandis que des aides et des services permettaient d’utiliser ce temps d’une manière active. Et, des années après, ce qui frappe dans le Front populaire, au-delà des quarante heures et des congés payés, c’est cette sorte de fraternité d’une très grande partie de la population.

Cette fraternité – cette rencontre – a été encouragée par toute une série d’activités de découvertes et création, d’expression pour ceux qui ne pouvaient alors accéder aux activités culturelles en raison des tarifs pratiqués et du manque de préparation de ce public à en goûter. Ce fut alors le développement de l’éducation populaire, dont Jean Guéhenno fut le promoteur et l’instigateur persévérant. S’il n’a pas inventé les mouvements de jeunesse, les fédérations gymniques (qui développaient une pratique du sport et de la compétition sans préoccupations mercantiles), ou les organisations culturelles (chorales, jeunesses musicales, fanfares, théâtre, cinéma, etc.), il en a été le catalyseur, le« développeur ».

Dans le même temps, Robert Garric développe l’action sociale qui permet à chacun d’avoir les moyens d’accéder à ces activités en raison de leur faible coût, grâce aux aides apportées. La culture est aussi importante que le pain et le logement, parce qu’elle aide les gens à se valoriser, à se sentir partie prenante d’un ensemble qui les dépasse mais dont ils sont membres.

Après la seconde guerre mondiale, nombre de mouvements dans l’esprit de la Libération et de 1936 vont s’inspirer de ces idées, et toute une série de propositions associatives s’efforceront de ne laisser sur la route aucun de ceux qui, avec la pleine citoyenneté, retrouvaient le dynamisme et l’espoir.

La France et les Français étaient beaucoup moins riches qu’aujourd’hui, bien sûr, mais le collectif suppléait à ce manque. Les colonies de vacances et les mouvements de jeunesse accueillaient des millions d’enfants qui sans cela ne seraient pas partis de chez eux. Les ciné-clubs formaient l’œil et l’esprit à analyser l’image, les fêtes populaires n’avaient pas besoin de l’organisation d’une journée « voisins » pour se dérouler, etc.

Il ne s’agit pas d’opposer l’époque du film Jour de fête de Tati à celle d’Avatar de Cameron… la nostalgie n’a pas sa place ici, mais nous voulions retracer dans ce numéro l’histoire de l’éducation populaire, revisiter ses acteurs et chercher si des éléments ne continuent pas à animer l’action de certains collectifs d’aujourd’hui.

Jean-Claude Richez retrace les grandes lignes de l’histoire de l’INJEP dans les rapports de cette institution à l’éducation populaire qui se place au cœur des problématiques françaises de jeunesse et d’éducation populaire.

Ensuite viennent des témoignages d’acteurs qui ont contribué à l’émergence des mouvements dont le CNAJEP est aujourd’hui le porte-parole ; c’est ainsi que vous trouverez des témoignages sur les mouvements familiaux ouvriers chrétiens par Michel Chauvière, les mouvements sportifs par René Moustard, les mouvements d’éducation nouvelle qui ont conduit au développement de l’éducation spécialisée par Serge Guisset, les mouvements culturels présents tant dans les lieux de travail, que dans les lieux de loisirs par Laurent Bihel.

Mais s’en arrêter là serait sans doute insatisfaisant si nous n’étions pas amenés à faire le point sur le présent et tracer des pistes d’avenir.

Ce sera notre deuxième partie.

Annie Léculée d’UNIFAF fait le point sur la question de la formation professionnelle continue qui conserve des liens avec l’esprit de l’éducation populaire, souhaitant faire échapper cette initiative à la marchandisation de la formation. Jean-Marie Pithon fait un état des lieux sur le projet d’un service civique proposé par des militants d’éducation populaire. Ces deux ouvertures constituent certainement une façon de redonner à l’éducation populaire une place dans la société d’aujourd’hui. Par ailleurs, le collectif Éducation populaire et transformation sociale, né en 2006 en Languedoc-Roussillon, se donne pour objectif de développer une réflexion actualisée et prospective autour des problématiques de la jeunesse et de la culture populaire, notamment en lien avec la notion de gratuité. Enfin l’article de David Lopez rappelle l’action de l’éducation populaire  au niveau international dans le cadre du développement des échanges interculturels au niveau mondial.

Ce numéro ne prétend pas reconstruire un passé idéalisé mais il tente d’ouvrir des pistes pour l’avenir. Aujourd’hui où nous avons retrouvé un Haut Commissaire à la jeunesse, dont le Livre vert, malgré ses lacunes, offre de nombreuses opportunités, nous espérons que nos réflexions seront un encouragement pour ceux qui pensent que l’éducation populaire a toujours du sens.

Marc de Montalembert, Jacques Ladsous

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