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Auteur(s): 
Marc de Montalembert

Marc de Montalembert*

 

Selon la définition du ministère des Affaires sociales, le travail social est un « ensemble d’activités sociales, conduites par des personnes qualifiées dans le cadre d’une mission autorisée et/ou prévue par la loi, au sein de structures publiques ou privées, en direction de personnes ou de groupes en difficultés, afin de contribuer à la résolution de leurs problèmes ». On dénombre environ 800 000 travailleurs sociaux qui sont employés par les collectivités territoriales, les ministères et les organismes de protection sociale, les associations et institutions sociales et médico-sociales et par des particuliers.

Depuis quelques années, l’expression d’intervention sociale tend à se substituer à celle de travail social (elle-même assez récente, puisque c’est au début des années soixante-dix qu’elle a été définitivement reconnue et acceptée).

Le travail social est un travail du social, qui porte sur la relation, sur la société et sur l’individu. La notion de changement social est au cœur de l’activité professionnelle, ce qui l’imprègne sinon d’un projet politique, en tout cas d’une lecture idéologique au travers d’une grille de valeurs. Certaines professions (assistants de service social, conseillers en économie sociale et familiale, éducateurs de jeunes enfants, éducateurs spécialisés, animateurs socio-culturels) constituent le « noyau dur », le socle des professions sociales. Mais, depuis quelques années, de nouveaux métiers sont apparus, en accompagnement des politiques publiques, dans le domaine de l’insertion, du développement social, des politiques de la ville….

Comme l’intervention sociale ne peut être rigoureusement définie, ni par ses finalités, ni par ses publics, on essaie de le faire à partir des professionnels qui la composent : « L’intervention sociale est le processus par lequel des professionnels apportent aide et accompagnement aux personnes en difficultés sociales. Elle ne doit pas être définie de manière théorique, mais fonctionnelle [1]. » L’intervention sociale ne se résume pas au travail social, et de la même façon que tous les titulaires d’un diplôme de travail social ne font pas nécessairement de l’intervention sociale, toutes les personnes faisant de l’intervention sociale ne sont pas forcément des travailleurs sociaux. Cela dit, la dénomination « intervention sociale » tend désormais à apparaître dans tous les titres des nouveaux diplômes et surtout dans les référentiels.

Depuis l’acte II de la décentralisation, la formation de ces professionnels a été confiée aux régions (164 établissements dont 14 instituts régionaux). Les diplômes sont obtenus à la suite de formations spécialisées, initiales ou continues, ou par des dispositifs de VAE. Près de 40% des professionnels ont désormais au moins le niveau du baccalauréat, et la proportion des non diplômés diminue fortement. Les niveaux V bis et VI (Brevet, Certificat ou sans diplôme) et V (CAP et BEP) représentent 61 % des intervenants sociaux ; le niveau IV (baccalauréat) 12 %, le niveau III (bac + 2) 23 %, seuls 4 % ont un niveau II (au moins bac + 3). La pyramide des âges est différente selon les professions, mais on note toujours une surreprésentation féminine (près de 90 %).

Sous l’égide de l’Unaforis (Union nationale des associations de formation et de recherche en intervention sociale) qui regroupe l’Aforts (Association française des organismes de formation et de recherche en travail social) et le GNI (Groupement national des instituts régionaux du travail social), un projet de création de Hautes écoles professionnelles en action sociale (Hepas) est en cours, ce qui permettrait au « noyau dur » – ou en tout cas historique – des formations sociales, d’être reconnues à bac + 3.

Il existe trois diplômes destinés à certifier les cadres du social :

–   le Caferuis (Certificat d’aptitude aux fonctions d’encadrement et de responsable d’unité d’intervention sociale, de niveau II) qui permet à des professionnels du travail social de devenir chefs de service et de piloter des projets de service ;

 

–   le Cafdes (IS) Certificat d’aptitude aux fonctions de directeur d’établissement ou de services d’intervention sociale, diplôme de niveau I destiné aux directeurs ;

 

–   le Deis (Diplôme d’État d’ingénierie sociale, de niveau I)[2]. Succédant au Diplôme supérieur de travail social, de niveau II, il vise à former les cadres du social en tant qu’experts des politiques sociales, de l’action sociale et médico-sociale. Les titulaires de ce diplôme doivent pouvoir exercer des fonctions d’expertise, de conseil, de conception, de développement et d’évaluation appliquées aux domaines des politiques sociales et d’intervention sociale (y compris dans le champ de la formation).

La formation représente un volume horaire de 875 heures sur une durée maximum de 36 mois, et se prépare en concomitance avec un master 2. Elle couvre trois domaines :

–   la production de connaissances (300 heures), outils conceptuels d’analyse des organisations, des territoires et des populations, des politiques sociales et économiques, langues, cultures et civilisations européennes, démarche de recherche en sciences humaines et sociales ;

 

–   la conception et la conduite d’actions (250 heures et 175 heures d’études de terrain), politiques sociales, épistémologie, fondements et critiques des théories et méthodes d’intervention sociale, de projets, d’évaluation, d’ingénierie, stratégies et méthodes, acteurs, dispositifs, programmes, objectifs, démarches prospectives ;

–   la communication et les ressources humaines (150 heures), gestion et dynamique des ressources humaines, information et communication.

Le Deis n’a pas encore été très bien repéré par les travailleurs sociaux et par leurs employeurs, car ils ne comprennent pas bien à quelles fonctions ou emplois, ce diplôme correspond. C’est pourquoi le comité de pilotage de Deis, constitué des représentants de l’Aforts, du GNI et du Rufs (Réseau universitaire des formations sociales) a décidé d’organiser le 1er octobre 2010 un séminaire, destiné à montrer que le Deis était bien « une nouvelle figure de l’encadrement dans l’intervention sociale ».

Trois axes ont été développés au cours de cette journée.

Un premier temps a permis de rappeler l’architecture des formations de cadre dans le champ social.

L’article introductif de Geneviève Crespo et Paule Sanchou, nous ramène aux alentours de la seconde guerre mondiale avec les premières qualifications des cadres du social, puis à l’apparition dans ce champ de l’université après 1971, avec la création de la maîtrise de sciences sociales appliquées au travail social, provoquant la réaction des milieux professionnels et la création du DSTS. L’évolution des diplômes universitaires et de la société tout entière conduisant ensuite à la réforme du DSTS puis à sa transformation en Deis. Celui-ci possède certaines spécificités : l’expertise, l’ingénierie, l’étude de terrain, la recherche professionnelle ; tout ceci devant s’effectuer au cours d’un double cursus puisque le Deis est délivré conjointement par les Affaires sociales et par l’enseignement supérieur.

Isabelle Kittel, qui a accompagné la réforme du DSTS puis la création du Deis, rappelle les objectifs de la CPC (Commission professionnelle consultative) du travail social et de l’intervention sociale : le premier critère concernait l’identification des compétences, le deuxième le positionnement du diplôme. Dans le cas du Deis, non seulement il n’y a pas de métier identifié, stabilisé, mais en plus les fonctions exercées peuvent être agencées de façon assez différentes.

Ce que tend à confirmer Didier Tronche, qui à l’époque présidait la CPC. La volonté délibérée était de faire participer ce diplôme à la création d’un espace entre les directions des affaires financières et les directions des ressources humaines, particulièrement en ces temps de groupements de coopération et de contrats pluri-annuels d’objectifs et de moyens.

Dans un deuxième temps le Deis a été resitué dans les métiers de l’ingénierie et de l’expertise.

Jean-Christophe Barbant résume sa recherche doctorale qui a porté sur une analyse des formations de type masters professionnels et Deis entre 2006 et 2009. Il a mis à jour quatre types d’approche et quatre modèles d’intervention pour l’expertise sociale : les expertises du développement social, l’ingénierie et la gestion du social, la connaissance du social, le changement social. Il a ensuite identifié les effets de ces modélisations sur l’identité professionnelle, sur la production de connaissance et la valorisation de certains savoirs, sur la volonté de transformation de l’action sociale et sur la gestion des politiques sociales. Ce qui lui permet de faire apparaître quatre figures professionnelles.

Quand à Patrick Dubéchot, poursuivant le travail réalisé avec Thierry Rivard, il montre les enjeux et les perspectives du Deis. Analysant un contexte favorable, il propose quatre axes problématiques pour penser l’ingénierie sociale : la professionnalisation du travail social, une quête de rationalité, une formation en lien avec la recherche et le développement de coopérations. L’ingénierie sociale ce sont des compétences spécifiques, une position, une recherche, bref la construction d’un métier de l’interface.

Enfin un état des lieux de l’organisation du Deis dans les établissements de formation analysé par Véronique Bayer et Isabelle Joly et une étude sur le profil des étudiants préparant le Deis, commentée par Mohamed Belqasmi et Manuel Boucher.

Puis trois ateliers qui ont réfléchi :
– à l’ingénierie sociale ;
– à la posture professionnelle ;
– au dispositif de formation ;
et la synthèse des travaux a été faite par Jacques Riffault.

Ce numéro se termine par un hommage à Thierry Rivard qui devait participer à cette journée et qui avait publié, peu avant sa mort, l’ouvrage rédigé avec Patrick Dubéchot dans la collection « tout en un » chez Vuibert, intitulé tout simplement : Deis.

 

 


[1]. Rapport de l’Igas, L’intervention sociale, un travail de proximité, DILA, 2005.

[2]. Décret du 30 juin, arrêté du 2 aout 2006, circulaire DGAS du 1er septembre 2006.

* Président du Cedias et vice-président du Rufs.
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