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Auteur(s): 
Jacques Ladsous

Si, au moment de la Libération, et devant les destructions matérielles et morales occasionnées par la guerre, l’Occupation et ses conséquences, la solidarité nationale était devenue un impératif catégorique, accepté par tous, citoyens et dirigeants, l’évolution sociale et politique modifie la donne et nous sommes devant un paysage nouveau à l’intérieur de territoires géographiques et de territoires de compétence qui, sans avoir changé en profondeur, sont investis ou se sont investis différemment. Et pourtant l’approche politique du social reste bien une globalité nécessaire : c’est ce que nous rappelle Nicole Questiaux. Une autre donnée interfère avec le territoire, c’est la notion de communauté. Thierry Paquot d’une part et Claude Jacquier d’autre part nous aideront à parfaire nos définitions.

Ces fondamentaux une fois posés, nous avons besoin de nous interroger sur les espaces où le social s’organise.

La politique de décentralisation a fait voler en éclats l’application unique d’une politique globale régulée par l’État. Dans chaque département se sont créés des services d’action sociale dont les rapports les uns avec les autres ne sont guère évidents, ce qui amène des disparités, dont certaines sont assez fortes, et une parcellisation de l’action sociale. Peut-on parler d’un social en miettes ? C’est peut-être aller trop vite et trop loin. Robert Lafore nous aidera à comprendre de l’intérieur les concepts de déconcentration et de décentralisation, tandis que Pierre Gauthier s’efforcera, dans cet ensemble, de situer les territoires de santé et les espaces de solidarité, en s’interrogeant auparavant sur les effets réels et/ou possibles de la disparition des DDASS, et que Jacques Salvator soulignera l’importance des communes.

Reste à percevoir ce qui se passe sur le terrain de l’action et notamment le rôle de l’Éducation nationale et de l’éducation populaire, celui des centres sociaux (Martine Trapon), celui des communes à travers leurs maisons communales (Jo Spiegel), leurs centres communaux d’action sociale (Rina Dupriet). Anne Petiau, quant à elle, situera la place d’Internet dans l’espace virtuel où se font et se défont les relations qui permettent la communication sous des formes multiples ; territoire virtuel certes, mais territoire devenu incontournable.

Comment sont prises en compte les communautés dans cet ensemble ? Christophe Jibard et ses collaborateurs rendront compte des études qu’ils ont conduites et des analyses qui en résultent. Jean-Claude Sommaire, José Dhers et moi-même feront part des réflexions qui résultent du colloque d’Aubervilliers « Faire société autrement » dont ils furent les promoteurs parmi beaucoup d’autres et Joël Roman soulignera l’importance du concept de laïcité.

Sur ces terrains d’action, comment faire pour mieux vivre ensemble ? interrogera Jean-Pierre Worms. Où peut être le pouvoir d’agir sinon dans les citoyens eux-mêmes auxquels notre travail consiste à faire prendre conscience de cette responsabilité. Plus les territoires sont différenciés, plus la société doit trouver les formes qui permettent à chacun de trouver sa place à l’intérieur d’elle-même.

C’est en travaillant sur nos différences mais aussi sur nos valeurs de base, telles que notre constitution les rappelle – liberté, égalité, fraternité, laïcité – ce qui fait de notre État un État social, que nous pouvons tisser ensemble les liens utiles et faire de chacun de nous un citoyen.

Ce numéro de Vie Sociale devrait nous aider à prendre toutes les dimensions de l’évolution d’une société qui a besoin de réfléchir sur elle-même et d’approfondir son mode de fonctionnement, ainsi que le propose Edgar Morin dans La Voie[1], si nous voulons éviter l’écla­tement, la dispersion et l’incompréhension réciproque.

Jacques Ladsous

 


[1]. Edgar MORIN, La Voie. Paris, Fayard, 2011.

 

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